Obama/Poutine : charisme cool contre charisme martial

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Obama/Poutine : charisme cool contre charisme martial

Writtern by Béatrice Toulon

Interview de Béatrice Toulon sur le site  d’infos Atlantico.

poutine obamaLe charisme, ce trait de différentiation qui fédère les foules et suscite le respect, comporte plusieurs visages. La crise ukrainienne a permis à deux hommes politiques, Barack Obama et Vladimir Poutine, de se livrer une bataille en jouant sur des codes propres à eux-mêmes et à leur culture.

Atlantico :  Le charisme est-il une arme à part entière en politique ?

Béatrice Toulon : Et comment ! Il a pris une importance énorme, surtout pour déplorer son absence. Les médias se sont moqués lourdement du « charisme d’éponge » de Jean-Marc Ayrault. Ils ont reproché à François Hollande de ne pas être présidentiel, autrement de ne pas avoir  » le charisme de sa fonction «  pour reprendre les catégories de Max Weber, le père de la sociologie. Le charisme est devenu un atout fort des politiques parce que la personnalité a pris le pas sur le projet. Dans la mesure où le chef d’un Etat semble avoir moins de pouvoir que celui d’une agence de notation, les programmes s’effacent derrière les traits de personnalités, de préférence fortes, capables de résister, de faire valoir nos intérêts, de nous faire un peu rêver, encore. Cela dit, des personnalités au charisme indéniable comme Montebourg, Mélenchon, ou à l’extrême droite comme Marie Le Pen, on leur accorde un certain intérêt mais on s’en méfie. On est comme en deuil de charisme, mais quand il est là, il ne suffit pas pour réussir. Et quand il permet de réussir, il ne permet pas de durer: on l’a vu avec Nicolas Sarkozy. Pour résumer, je dirais que même cette séduction de la personnalité charismatique s’opère sans illusions excessives. Une arme donc, mais pas l’arme fatale.

On a pu voir récemment avec la crise ukrainienne deux types de leader charismatique: d’un côté Barack Obama qui incarne un charisme cool, et Vladimir Poutine, un charisme martial. Quel type de charisme permet de parvenir à ses fins ?

Chez Max Weber, on ne trouve pas le charisme cool à la Obama… Plus sérieusement, votre question renvoie à un élément très important : le charisme est le fait d’une personnalité, mais dans un certain contexte. Toujours. Le charisme, c’est une histoire entre une personnalité, des gens et des circonstances. Le charisme empathique de Barak Obama lui a valu son élection en 2008 parce que les gens avaient besoin de se retrouver réunis dans un projet positif après la crise des subprimes, mais c’est presque devenu un boulet en 2014 parce qu’il a des durs de durs en face. Le charisme martial de de Gaulle est parvenu à ses fins en 1940 mais il l’a totalement discrédité auprès des étudiants de 1968 qui interdisaient d’interdire. Le charisme martial de Poutine est tout autant un charisme de super-héros, ultra sportif, macho. Il correspond à l’époque qui, en Russie, est à la nostalgie du tsar de toutes les Russies. On peut constater que les démocraties paisibles d’en face lui facilitent les choses. Parviendra-t-il à ses fins, c’est-à-dire exercer une influence sur les anciennes terres de l’URSS ? Oui, s’il le fait avec assez d’intelligence en alternant coups de force et main tendue. Mais on n’a jamais vu de régimes autoritaires aux mains d’hommes forts bien terminer.

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Les formes de charisme sont-elles tributaires de la culture dans laquelle elles s’insèrent ? Cela veut-il dire que le charisme « cool » est plus anglo-saxon et qu’au contraire, le charisme « martial » davantage slave ?

Les cultures influent bien sûr, de même que les traditions politiques. Elles font partie de ce fameux contexte essentiel à l’émergence d’une personnalité. Le modèle tsariste résonne dans les inconscients russes, ce qui a permis le succès de Poutine. Le modèle bonapartiste dans les inconscients français, a favorisé le succès de Nicolas Sarkozy. Mais les cultures de chaque civilisation sont riches et diverses et, de plus, les époques changent. Tout ça fait émerger des personnalités très différentes. Gorbatchev, leader russe était très cool. Et l’Amérique a eu des leaders pas cools du tout: Theodore Roosevelt, Eisenhower, Bush… En fait, ce qui compte surtout, c’est la singularité de la personnalité et son adéquation avec les circonstances.

En France, à quels modèles de charisme les hommes politiques se réfèrent-ils ?

Le mot « charisme » a fait irruption récemment dans le vocabulaire politique français. On a l’impression que désormais, sans charisme, pas de respect. Il peut prendre des formes diverses: la séduction chez Mitterrand, l’énergie chez Sarkozy, l’assurance chez Marine Le Pen, l’éloquence chez Jean-Luc Mélenchon. En gros, au risque d’être réductrice, je dirais qu’il y a deux grandes catégories de modèles : d’un côté, le charisme du chef; c’est Bonaparte conduisant ses soldats l’assaut du pont d’Arcole, le modèle dominant à droite dont Jean François Coppé est le nouveau représentant. De l’autre côté, le charisme du tribun humaniste; c’est Jaurès, Mendès France, le modèle dominant à gauche et de la plupart de ses leaders. Dans son discours de politique générale, Manuel Valls a surtout cité Clémenceau, tribun et leader à la fois, une sorte de troisième voie du charisme à la française.