Writtern by Béatrice Toulon

Prise de parole en public : cultivons la loi du silence !

 

Par Béatrice Toulon

Un de mes derniers ateliers m’a donné envie de vous livrer cette petite réflexion.

Ce n’est pas une révélation : Tout le monde redoute à un degré plus ou moins handicapant de parler en public. Une question de culture, une question d’habitude aussi, ou plutôt de manque d’habitude. Tout le monde ou à peu près est tenté d’accélérer le rythme, d’avaler ses fins de phrases ou de les débiter dare dare sur un ton monocorde.  Résultat : l’étrange sensation dans l’auditoire d’un orateur qui s’excuse  d’être là, soucieux d’en finir au plus vite, peu impliqué, au mieux ennuyeux, au pire énervant.

Seulement voilà : accélérer le  rythme est rarement le fruit de la volonté, plutôt celui du  stress. La plupart du temps, en ateliers, les personnes qui  regardent l’enregistrement de leurs discours s’accablent de leur débit trop rapide dont ils n’ont pas vraiment conscience au moment où ils parlent. Et c’est encore plus vrai chez les femmes, que des siècles de confinement dans l’espace privé n’ont pas associées à la prise de pouvoir qu’est la prise de parole.

 

« Le silence est plus tapageur que tout »

Amélie Nothomb

C’est là qu’intervient la loi du silence. Il peut paraître absurde d’évoquer le silence à propos de la prise de parole. Et pourtant, utilisé à bon escient dans un discours, rien ne sert mieux la parole que le silence. A peine marqué ou délibérément étiré, placé judicieusement dans la phrase, il peut rendre d’innombrables services, des premiers secours pour l’orateur en panique au savant  effet pour le rhéteur aguerri.

  • Le meilleur anti-panique. Tout le monde a connu ça. La pensée qui s’égare au milieu du discours.  La phrase bateau ivre, qui tangue, digresse, revient sur elle-même, tourne en rond, pendant qu’on se demande comment on va mettre fin au calvaire. Sans y arriver. La logorrhée est un effet bien connu du stress. On souffre, l’assistance aussi.  Le seul moyen de reprendre ses esprits c’est de se taire. Stop. Faire un silence de 3, 4 et même 5 secondes. Le temps qu’il faut pour remettre en marche le circuit. C’est un peu gênant mais beaucoup moins que de débiter des flots de paroles de plus en plus  incohérentes.
  • Un bon moyen de ralentir. Ralentir son débit est vraiment difficile. Un premier moyen est d’opérer des silences entre les mots, les sections de phrases. Le reste viendra ensuite quand vous aurez bien   pris le contrôle de votre expression orale. 
  • Une vraie politesse. Avant toute chose, il faut penser à se rendre compréhensible quand on parle. Bien articuler est essentiel.  Mais opérer un silence avant un mot important est une sorte d’avertisseur qui relance régulièrement l’intérêt. Faciliter la compréhension du public c’est déjà gagner sa bienveillance. 
  • La chasse aux sons parasites. Les  fameux  « euh… » L’orateur, comme la nature,  a horreur du vide.  Inconsciemment nous cherchons à combler les silences par des mots, un continuum de sons, comme des tuteurs pour phrases bancales. Cela peut devenir agaçant voire franchement insupportable pour ceux qui écoutent.  Les meilleurs tuteurs des phrases sont les silences. Et, essayez, vous verrez que les sons parasites s’effaceront naturellement.
  • Un gage d’autorité. Dire ses phrases en les rythmant le plus possible marque son aisance, la maîtrise de ses propos. Le  silence est l’outil le plus puissant du rythme. Et certainement le moins utilisé. Les grands orateurs sont avant tout les maîtres du silence. Pas besoin d’une voix puissante ou grave. Ecoutez les grands acteurs de théâtre…
  • Le réveil de la langue. La langue française est belle, savante, mais placée sur un spectre étroit de fréquences.  Elle est vite ennuyeuse à l’oral si  on ne l’aide pas un peu…  Jouer sur les rythmes, avec les silences, est une des façons de lui donner de la vie.
  • Un échange avec l’assistance. Faire des silences, rythmer ses phrases, c’est une façon de s’adresser de façon vivante au public. C’est reconnaître sa présence, créer le lien, partager le moment, même  si le public se tait. Les échanges aussi peuvent être silencieux.

 

« Quelle musique, le silence! »

 Jean Anouilh

 

Bien sûr, les silences ne doivent pas arriver forcément à l’endroit de virgules ou des points. Ils interviennent quand vous le sentez, selon votre récit, selon l’intention que vous voulez donner à vos propos. Librement.

De plus, les silences font partie du théâtre. Il faut les accompagner d’une gestuelle,  d’un engagement physique qui donne  sa cohérence à l’ensemble de votre intervention et montre  que tout cela est intentionnel.

Exercice. Pourquoi ne pas vous exercer, chez vous, devant votre glace ? Dites un texte que vous connaissez  (pour ne pas avoir à le  lire) et dites-le en poussant les silences de façon exagérée et variée. Une façon de vous habituer à exercer votre empire sur les mots.

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