Parler en public : les 3 leçons de Roselyne Bachelot

Parler en public : les 3 leçons de Roselyne Bachelot

Writtern by Béatrice Toulon

par Béatrice Toulon

 

bachelotElle a la cote. Après une très longue carrière de femme politique et de ministre, Roselyne Bachelot change de vie et de carrière. Elle devient chroniqueuses télévisuelle pour la chaîne récemment achetée par Canal+, D8. Pourquoi , Roselyne Bachelot a-t-elle été choisie par Canal, cette chaîne de l’image et de la modernité qui bannit le plus souvent les femmes mûres ? Réponse avec  ce petit décodage d’une grande pro de la communication dont toutes les femmes amenées à parler en public peuvent prendre un peu de graine…

Nous avons choisi sciemment un extrait d’une intervention du 8 mars dernier sur les femmes des pays arabes,  pour la journée de la femme, sujet consensuel  par excellence car ce qui nous intéresse dans l’affaire ce n’est pas le contenu du message mais, si j’ose dire, le contenant, l’art de faire passer le message. On croit trop souvent qu’avoir réfléchi  à un sujet suffit. En réalité, on a réalisé 50% du travail, reste à réfléchir au comment…

 

Extrait d’une interview de Roselyne Bachelot

Pour ma part je retiendrai 3 leçons de ce petit extrait, très représentatif de la méthode Bachelot

La 1ère leçon est d’ordre réthorique (le contenu du discours) :

. La citation  doublement forte  en l’occurrence:  D’emblée, avant même de s’expliquer, l’ex-ministre cite Nelson Mandela qui va illustrer son idée centrale qu’elle énoncera ensuite. Bon choix. Notre oreille ne peut que se dresser : Mandela est  avec le Dalaï-Lama la personne la plus respectée du monde contemporain. En outre, la citation de Mandela nous emporte vers quelque chose qui ressemble à une sagesse  populaire et universelle. Avant même de savoir à quoi elle va appliquer sa maxime, on est forcément d’accord avec la ministre. On se dit qu’au lieu d’un discours politiquement correct  ( les femmes doivent prendre leur place etc…), elle nous tire vers quelque chose de l’ordre des valeurs.

Les deux autres leçons sont d’ordre prosodique, (son expression orale) :

. La rythmique des phrases.  Les  célèbres tenues colorées de l’ex-ministre qui ose le rose, le violet, le rouge pourraient, dans une pensée stéréotypée, la tirer vers l’image d’une femme fofolle, superficielle. Roselyne Bachelot le sait parfaitement et le compense  par une diction maîtrisée, qui exprime l’autorité. Son ressort essentiel est une bonne rythmique des phrases grâce  à un bon usage des silences, entre les phrases voire entre les mots.

Là où la plupart des  orateurs diront « heu, heu » (comme Marisol Touraine) Bachelot fait un micro-silence. Au lieu d’une impression de robinet d’eau tiède, on a l’impression que quelque chose d’important est dit à chaque phrase. On ne se souviendra pas forcément de ce qu’elle a dit et au final on se dira sans doute que ce n’était pas si important. Mais on a écouté.

. L’articulation. Bien articuler est  une grâce faite à l’assistance, qui lui évite de trop se concentrer pour capter le message.  Ce n’était pas gagné pour Roselyne Bachelot dont la bouche assez lourde ne doit pas spontanément faciliter l’articulation. Sa technique : un débit assez lent qui lui permet de bien détacher les syllabes.  Gageons que comme Démosthène, elle a dû répéter pplus d’nue fois avec quelques cailloux dans la bouche : Huit fruits cuits, huit fruits crus, huit fruits frits. Et vous, si vous essayiez ?