La voix, outil méconnu du leadership au féminin

La voix, outil méconnu du leadership au féminin

Writtern by Béatrice Toulon


Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir d’animer une rencontre/atelier autour du thème : la voix ou comment en faire un outil de leadership organisée par le club Entrepreunariat au féminin de la CGPME, Ile-de-France. Le public, une vingtaine de chefs de petites et moyennes entreprises, des femmes principalement et aussi quelques hommes. Moi, j’étais venue avec mes partenaires, Michel Toulon, ex-chef d’entreprise et formateur de longue date et Jean-Paul Bouceffa, musicothérapeute  exceptionnel, expert de la voix donc,  qui dirige tous nos ateliers.

 Ce fut une rencontre chaleureuse, un échange passionnant, un atelier enrichissant et … joyeux.

 Si nous organisons désormais des ateliers sur la voix, c’est qu’elle est un instrument essentiel de la communication, mais le plus négligé, le moins travaillé. Réservé, croit-on, aux professionnels du  chant ou du discours… Erreur.

Bien sûr, au commencement était la Nature : les femmes ont une voix plus faible, plus haut perchée, un souffle plus court. Pas facile de s’imposer quand on est la patronne, de ne pas se faire couper la parole quand ce n’est pas simplement ignorer. Heureusement il y a des bonnes nouvelles, elles sont plus bas…

Disons-le, la culture dominante donne une prime à la voix masculine, puisque longtemps les femmes n’avaient même pas droit à la parole en public. C’est encore assez vrai. Roselyne Bachelot, Laurence Parisot, le disent : les femmes se font constamment couper la parole à l’Assemblée nationale ou en réunion de direction.  Et le rapport de 2008 de la commission femmes dans les médias qui  indique que 87% des experts interviewés sont des hommes, nombre qui monte à 100% pour l’animation de la tranche 7h-9h des radios sérieuses…

Ce n’est pas tout, au sein de la voix masculine, la prime va au ton grave : grave : autorité, sérieux, crédibilité. A l’opéra : la basse incarne l’autorité comme le  Commandeur dans Don Giovanni.

Chez les femmes aussi, elles-mêmes, les voix graves sont prisées et plus seulement pour jouer les séductrices : Christine Lagarde le dit volontiers : son 1,80 m, sa silhouette androgyne et sa voix de contre-alto lui ont facilité le chemin. Les journaux télévisés se sont ouverts aux femmes… à la voix grave comme Claire Chazal.  Ou alors, elles doivent être vraiment belles…

Que faire ? Baisser sa voix artificiellement ? Si votre voix est particulièrement pénible, c’est qu’elle est mal placée. Il faut la corriger. S’il ne s’agit que de  sacrifier à la mode, c’est comme la  chirurgie esthétique : c’est artificiel.

La voix peut changer, dans votre tessiture

Tout d’abord, il faut savoir que notre voix est le  haut-parleur de nos émotions. Tout le monde connaît ou a connu le stress de prendre la parole en public, la voix qui s’étouffe, qui tremble, le timbre qui s’aplatit. Apprendre à maîtriser son émotion, c’est gagner une respiration plus tranquille, donc une voix plus profonde. Mais la voix est aussi un instrument de musique: 20% de nature, 80% de jeu.  On peut travailler le physique : faire évoluer la cage thoracique, le souffle, les dimensions des résonateurs, la descente du larynx, l’ouverture du pharynx etc. On peut travailler sur l’expression : l’intensité, la hauteur, le rythme, la modulation.

Bonne nouvelle mesdames : faire évoluer sa voix, l’enrichir, lui donner force et autorité, c’est possible. Pas besoin de singer la voix masculine, simplement apprendre à connaître sa voix et ses énormes potentiels.

Voici la liste des 10 axes qui se travaillent pour mettre sa voix au service de son leadership :

  I.      Prendre conscience de sa voix

Il faut savoir d’où l’on part. Hauteur de la voix. Voix de tête ou voix de poitrine ?

    II.      Adopter la bonne posture

Le corps est l’instrument de la voix. Il doit être à l’aise

  III.      Respirer

A la base de tout. La respiration doit être abdominale. Ce n’est pas naturel chez les femmes. Il  faut une respiration calme : + elle est calme + elle est basse.

  IV.      Projeter sa voix

On marque l’intention d’agir sur l’autre en faisant sortir le son vigoureusement.

  V.      Muscler sa voix

Le larynx est tapissé de muscles qui se travaillent.

 VI.      Moduler sa voix

Charmer votre auditoire, lui raconter une histoire, c’est par la modulation de votre voix que vous y arriverez, par votre capacité à varier les hauteurs  des sons.

VII.      Parler au bon rythme

Le rythme de la conversation est de 150 mots par minute. Les gens qui parlent vite donnent l’impression de s’excuser d’être là.

VIII.      Faire des silences

Et c’est la démonstration d’autorité la plus grande. C’est l’outil le plus puissant pour relancer l’attention. Et certainement le moins utilisé.

 IX.      Ar-ti-cu-ler

Murmurer c’est l’équivalent de parler sans regarder l’interlocuteur dans les yeux.

Les gens qui marmonnent – qui parlent doucement en articulant peu-  ont l’air de dire que ce qu’ils racontent n’est pas intéressant

   X.      Cultiver le timbre de  sa voix

C’est la signature de la voix. Se travaille avec de la gymnastique du larynx

Enrichir, lui donner de la profondeur,du relief,  c’est possible. Mais ce travail n’est possible que s’il est accompagné de  trois acceptations : accepter d’être le leader, sans arrogance mais tranquillement; accepter de se dévoiler car parler c’est toujours dire quelque chose de soi;  accepter  la personne que l’on est ou plutôt que l’on est devenue car la vie nous transforme et notre voix en est le reflet.