La figure de style du jour : l’épiphore

La figure de style du jour : l’épiphore

Writtern by Béatrice Toulon

Inutile de vous présenter l’anaphore, star des figures de style remise à l’honneur par François Hollande en 2012. Ce « moi président … » répété quinze fois nous rappelait brusquement la puissance du langage en général et de la figure de style en particulier. Mais son impact considérable en a grillé la potentielle réutilisation sans passer pour un copieur ridicule, le contraire de l’effet recherché.

Si l’anaphore est temporairement indisponible, sachez que la rhétorique dispose en rayon de l’épiphore. Son existence m’est revenue grâce à l’intervention de Bruno Lemaire, ce lundi 12 septembre sur France Inter.

Pour plaider la cause de l’intervention militaire contre Daech en Syrie, le député a recouru à cette autre figure fondée sur la répétition d’un mot ou d’une phrase mais à la fin des phrases et non au début. Bruno Lemaire :

Daech égorge le responsable du site de Palmyre, c’est pas grave

Il égorge des jeunes soldats proches de nous, c’est pas grave

Is violent des femmes, c’est pas grave

Il veulent étendre leur emprise, c’est pas grave

Ils menacent le Liban pays frère de la France, c’est pas grave

Ils pourraient laisser les troupes iraniennes s’installer à proximité de l’Etat d’Israël dont nous avons toujours dit que nous garantirions la sécurité, c’est pas grave…

Comme avec toutes les figures de répétition, l’épiphore vise l’emprise. Dans tous les cas, le logos cède la place au pathos. Vous n’avez ni le temps ni l’envie d’analyser les arguments, vous êtes emporté.

Dan l’anaphore le message est martelé puis étayé, comme le « J’accuse » de Zola. L’ épiphore, elle, fait gonfler progressivement votre conviction, la répétition se fait accumulation, jusqu’à la cclusion, évidente. Dans le cas de Bruno Lemaire, l’épiphore est doublée d’une litote (le moins pour le plus) : c’est pas grave…

L’épiphore est très utilisée dans les églises (Prends pitié de nous) et tout particulièrement par les pasteurs de la veine de Marti Luther King parce qu’elle galvanise et fait vibrer. Mais elle est aussi l’arme secrète de la chanson – le refrain- car elle crée en vous le plaisir indépassable de la ritournelle.

http://www.franceinter.fr/emission-le-79-bruno-le-maire-ce-n-est-pas-a-l-ue-de-regler-seule-la-question-des-refugies