La figure de style du jour : La paronomase

La figure de style du jour : La paronomase

Writtern by Béatrice Toulon

La figure de style du jour : la paronomase

Les figures de style n’ont pas toujours un objectif réel de sens. Elles peuvent simplement flatter l’œil ou l’oreille. Faire plaisir. Que ce soit dans les chansons ou les poésies, nous sommes ainsi faits que les répétitions de sons nous enchantent :incendie/incident, attention/intention…
Exemple avec les Inrocks de cette semaine. Dans un article consacré à un livre sur le syndrome dynastique, «Fils et filles de…»,(ed. La Découverte),on peut lire : « Les ghettos du gotha ». Belle paronomase, donc, qui consiste à rapprocher des mots aux syllabes proches et au sens différent.

Les mots aux syllabes proches ne manquent pas en français et rien ne vous empêche de jouer avec dans vos écrits ou vos prises de parole, histoire de pour leur donner un peu de relief et même de puissance : en rhétorique on les classe dans l’ « argumentation poétique ». Poétique, on voit bien, mais pourquoi argumentation ? Parce que ces caresses sonores confèrent par effet de contagion, une noblesse, une grâce, une élévation aux propos et à la pensée de l’auteur. Une forme si riche ne saurait servir une réflexion pauvre… De plus, en titillant l’oreille, elle a plus de chance d’être dirigée vers la mémoire. Et vous avec.
Les politiques le savent bien, comme le président Hollande qui, pour se placer à la hauteur de l’événement lors du récent transfert des cendres au Panthéon de quatre héros de la Résistance, a truffé son discours de paronomases du plus bel effet : « Ce refus de la fatalité pour ne pas plier, se replier » ; ou encore, à propos de Geneviève de Gaulle, « son courage comme une invocation, comme une provocation, comme une vocation.» D‘accord, mieux vaut ne pas trop fouiller le sens et se laisser porter par le son…
La patronne du Front National est une spécialiste de la paronomase. Dans ses meetings, elle exalte régulièrement la ruralité en dénonçant « le béton et le bitume » de la ville. Et ne parlons pas de ses « copains et coquins » de l’UMPS… Marine Le Pen ou l’art de donner l’élévation à ce qui tire vers le bas.
Les rappeurs et autres slameurs adorent les paronomases, surtout quand leur version choc des mots, poids des images: ministre/sinistre, collision/collusion… D’autres avant eux avaient déjà propulsé l’antique figure dans la modernité, comme les Surréalistes, les oulipiens et, bien sûr, Boby Lapointe, quelques décennies avant Akhenaton: « ma mère est habile mais ma bile est amère »… d’accord ça ne refait pas le monde mais ça reste dans la tête, l’un des objectifs de la paronomase.