Osez l’éloquence

Maîtrisez les arguments pour convaincre (Logos-Pathos) – Fiche outil n°21

• Ma hantise c’est les gens qui me contredisent. Cela m’est arrivé plus d’une fois….
Au-delà des désaccords sur le fond des sujets, il y a des argumentations qui déclenchent en elles-mêmes ce type de réactions. Ce sont plus particulièrement les types d’arguments dits « d’autorité » qui écrasent et peuvent rendre fou de colère.
Prenons l’exemple d’un écologiste et ses possibles arguments d’autorité. Ces généralités qui ne laissent aucune issue: « Il n’y a pas d’autre solution autre que le tri sélectif … ». Cela me donne envie d’en chercher une… ; les arguments qui laissent entendre que l’autre est stupide : « Plus personne ne pense aujourd’hui que le tri sélectif est inutile… » Je suis un idiot si je le pense ? Ce sont là des arguments qui accusent : « c’est criminel de na pas faire de tri sélectif… » Je suis un criminel alors…
La clé dans ce cas, c’est de mettre son interlocuteur à égalité, en partenaire : nous ne nous opposons pas, nous cherchons ensemble la meilleure solution. Cela fait mieux passer les arguments en laissant une issue : « Il est possible qu’une autre solution existe mais à ce jour le tri sélectif s’est révélé la meilleure solution.»… Reconnaître aussi l’intelligence ou le libre arbitre de l’autre : « On peut ne pas être d’accord mais la communauté scientifique reconnaît une grande utilité au tri sélectif.» Mais aussi déculpabiliser pour faire adhérer : « Reconnaissons-le : le tri sélectif c’est agaçant, mais ça vaut vraiment la peine… »

• Les interventions que je fais se passent bien en général mais je redoute les questions/réponses qui m’obligent à improviser. J’ai peur d’être prise au dépourvu…
Le temps des questions/réponses est celui où peut s’exprimer pleinement votre capacité à persuader : l’auditoire et vous êtes mis en lien direct. C’est le moment de surtout bien écouter ce que les personnes ont à dire, faire silence donc. Ensuite, vous pouvez donner très simplement des informations, exposer votre vision ou exprimer votre conviction, en vous servant de l’art oratoire, silences, intonation. Si une question vous agresse, la clé est de ne jamais la prendre pour soi personnellement et de rétorquer. Jamais. Ne vous montrez pas personnellement touchée. L‘agression que vous essuyez a rarement de rapport avec vous… plutôt avec celle de la personne qui pose la question. Prenez un peu de recul, même physique. Reformulez la question et recentrez-là sur le sujet. Vous pouvez également demander à la personne, de façon très ouverte et calme, pourquoi elle dit cela. La tension baissera face à votre maîtrise de vous-même…

• Quelles sont les grandes différences si on est en face à face ou en groupe ?
En groupe, l’échange argumentatif peut rester sur un plan relativement général, au niveau du plus petit commun dénominateur. En revanche, quand on est deux, ce sont deux représentations du monde qui se confrontent, deux vécus… sans parler des idées que chacun se fait de l’autre. Au-delà de l’arsenal argumentatif, il faut identifier ce qui se passe dans la tête de l’autre et s’y adapter.

Osez les figures de style (Logos-Pathos) –  Fiche outil n° 22

• J’adore les gens qui parlent bien, les beaux discours, mais je ne me vois pas le faire, j’aurais peur d’être ridicule…
Exprimer son charisme, c’est justement exprimer sa singularité dans un certain contexte culturel. Pour cela, il faut se libérer des carcans mentaux que l’on se met à soi-même, pour exprimer tous nos talents. Vous dites aimer les beaux discours, pourquoi ne pas essayer d’en faire vous aussi ? Sans se prendre pour Cicéron, on peut commencer par travailler plus soigneusement que d’habitude la forme de ses interventions. Qu’est-ce qui vous dit que les autres n’apprécieraient pas une ou deux belles images ? Vous craignez l’emphase ? Faites-le au départ à dose légère, une ou deux figures de style au milieu de propos par ailleurs simples et clairs : elles feront l’effet d’un meuble ancien au milieu un décor moderne (tiens, j’ai osé une figure de style, la plus classique de toutes : une métaphore.) Et si vous y prenez goût, vous pourrez aller plus loin, en faire, pourquoi pas, une marque de fabrique personnelle.

• L’expression « faire des belles phrases » n’est pas très flatteuse, cela signifie faire des phrases creuses. Ne risque-t-on pas de passer pour un manipulateur qui brasse du vent ?
Les figures de style font partie de la rhétorique, une science qui remonte à l’Antiquité et qui vise à persuader par le discours, écrit et oral. Persuader, cela veut dire : faire comprendre, convaincre et émouvoir. C’est vrai que la rhétorique a mauvaise presse en France depuis la philosophie des Lumières et la Révolution qui a mis en avant les idées et associé les « beaux discours » à des techniques de la manipulation de foules. Mais, ce frein est théorique parce qu’en réalité tout le monde est sensible à des phrases fortes et touchantes, voire drôles… bien dites. De plus, en rhétorique, forme et fond marchent main dans la main. Il faut soigner le message ET la façon de le délivrer : si le fond est creux, la forme ne le sauvera pas. Si la forme est plate, elle peut faire passer l’auditoire à côté d’un message important.

• Les figures de style, n’est-ce pas un peu ringard ?
Écoutez les rappeurs, les slameurs et vous verrez si les figures de style sont ringardes ! C’est la nouvelle poésie au contraire : les dissonances, allitérations, suites, contrastes, répétitions… on les trouve presque toutes. Et le plus intéressant, c’est de constater qu’elles sont mises au service du message ces chans-poésies en général très contestataires. Ces arguments dits « poétiques », ceux qui fascinent, émeuvent, viennent renforcer l’impact des arguments
De plus les neurosciences soulignent l’importante des figures de style dans la fonction de compréhension : l’imagerie médicale montre que les représentations d’images en particulier (métaphores, métonymies) font réagir plus vite les zones de l’apprentissage du cerveau que les explications théoriques. De plus, les figures de style touchent les zones du cerveau qui activent le plaisir et la mémorisation. Elles sont au contraire très actuelles et méritent de revenir dans les écoles d’où elles ont été chassées il y a plus d’un siècle.

Prenez les accents de la conviction (Logos-Ethos-Pathos) – Fiche outil n° 23

• Est-ce qu’être convaincant s’apprend ? J’en doute un peu…
Tout s’apprend. Les peintres prennent des cours de peinture, ensuite certains deviennent des génies, d’autres d’honnêtes artistes. Les écrivains sont souvent de très grands lecteurs, qui s’inspirent des techniques narratives des autres avant de trouver leur style. Pour la prise de parle c’est pareil : il y a des techniques qui se mêlent à la personnalité, à l’état de la personne, à son environnement, son envie… Je ne vais pas citer les exemples qui me concernent et qui portent sur les personnes que j’ai coachées qui ont réussi leurs entretiens d’embauche, emportées des prix, fait passer leurs projets… Plus objectivement, l’université de Lausanne mène des tests pour vérifier l’efficacité des entraînements à la prise de parole et constate régulièrement un réel accroissement du charisme des participants, sans les fondre pour autant dans le même moule : http://amle.aom.org/content/10/3/374

• Je dois souvent m’exprimer en public. Je me demande toujours si je dois apprendre par cœur, est-ce que cela ne casse pas l’authenticité ? Mais je ne me vois pas improviser, j’aurais peur de d’oublier des choses importantes, de ne pas être structuré…
Les deux écoles existent, improviser ou tout préparer. Une chose est sûre : plus vous avez l’air spontané, moins vous lisez ou donnez l’impression de réciter, plus votre communication sera puissante. Vous entrerez directement en connexion avec votre auditoire. Tout dépend de votre maîtrise du sujet. Si vous le connaissez à fond : misez sur le propos libre. Ayez avec vous quelques fiches comportant les mots et les chiffres essentiels pour être sûr de ne rien oublier. Mais si vous ne maîtrisez pas bien le sujet, vous avez avantage à bien baliser votre intervention, à préparer et créer de bonnes fiches : n’inscrivez pas de phrases non plus, plutôt des groupes de mots clés (mais davantage que dans le cas de l’improvisation). Surtout, n’essayez pas de lire vos fiches tout en parlant en même temps ! Alternez, quitte à ce qu’il y ait des silences pendant la lecture. Cela n’a aucune importance, si vous reprenez ensuite la parole de façon très vivante. L’auditoire aura eu le temps de méditer ce que vous avez dit avant pendant ce bref silence.

• En tant que femme, ce n’est déjà pas facile de prendre la parole devant des assemblées, généralement masculines, qui vous détaillent de la tête aux pieds, s’il faut en plus en rajouter…
Je dirais raison de plus… Bien sûr, on ne va pas se raconter d’histoires. Une femme, l’assemblée généralement masculine commence par la regarder, l’évaluer (sexy, pas sexy ? quel âge ?), mais si vous acceptez le fait que vous n’allez pas changer la culture dominante, vous pouvez vraiment prendre possession de la salle en déployant votre art oratoire assumé. Si vous acceptez d’occuper la scène et de raconter une histoire à l’auditoire, je peux vous assurer qu’il vous écoutera…

Rythmez vos phrases (Logos-Pathos) – Fiche outil n°24

• Je vais régulièrement au théâtre et je vois bien que les meilleurs comédiens varient les tempos des phrases. Mais je ne suis pas comédien…
Mais vous pouvez néanmoins y arriver. En tous cas bien mieux que ce qui se pratique en moyenne. Si vous allez au théâtre, assistez-y une fois juste pour écouter les phrasés des comédiens, concentre-vous dessus. Vous apprendrez beaucoup de Choses. Vous verrez qu’ils jouent moins avec les variations de ton que les rythmes et les cadences, les silences pour gérer le suspens, le flux des informations. Quand on parle en public on est toujours un peu un comédien de théâtre…

• Je parle déjà très vite dans la vie, mais quand je prends la parole en public, j’accélère, pour m’en débarrasser. C’est terrible mais c’est plus fort que moi.
C’est le grand paradoxe de la prise de parole en public. On parle deux fois plus vite alors qu’on devrait parler environ un tiers de temps plus lentement ! Cela ne sert à rien de vous dire e ralentir le débit, vous ne le ferez pas, du fait de l’habitude et du stress réunis. La seule solution c’est de rallonger vos silences. Ils sont sans doute trop brefs. Marquez-les plus longuement, artificiellement. L’auditoire ne vous en voudra pas de lui permettre de suivre. Et vous, vous vous habituerez à marquer les silences qui se feront de plus en plus en plus naturellement.

• J’ai conscience qu’il faut faire des silences… mais j’oublie quand je parle. Existe-t-il un truc pour se le rappeler?
Une image. Imaginez que votre conférence ou votre présentation c’est une randonnée à vélo que vous faites avec des amis, l’assistance. Vous êtes le meilleur – normal, vous connaissez le sujet –, vous semez toujours les autres dans les côtes et vous êtes toujours le premier au col. Qu’y-a-t-l de pire pour les autres dans ces cas-là ? C’est de vous voir repartir juste au moment où ils arrivent en haut. Pas le temps pour eux de reprendre leur souffle… Une prise de parole c’est pareil ? Ne pensez pas vous, pensez à ceux qui vous suivent et sui ont besoin de reprendre et leur besoin de reprendre régulièrement.