Inspirez les autres

METTEZ-VOUS A LA PLACE DES AUTRES (LOGOS-PATHOS) – FICHE OUTIL N°11

• J’ai un patron avec lequel il est impossible de discuter. Il a toujours raison, c’est un mur, je ne vois comment me mettre à sa place…                                                                                          
Et comme c’est lui le patron, si les choses continuent comme cela, c’est vous qui êtes perdant ! Reprenez votre affirmation : c’est une généralité qui ressemble à un préjugé. Tout ce que vous pouvez dire, en réalité c’est que vous ne réussissez pas pour le moment à discuter : le cadre, les mots, l’esprit… rien ne fait la jonction entre vous. Demandez-vous d’abord si vous souhaitez vraiment entrer en contact avec lui, dans quelques domaines que ce soit… Ensuite, Imaginez-vous à sa place : quelle est sa situation dans l’entreprise ? Confortable ? Isolée ? Quand s’ouvre-t-il ? Qu’est-ce qui semble le motiver ? Quelles sont ses valeurs ? Mettez-vous ensuite à distance et analysez votre relation de l’extérieur : Qu’est-ce qui pourrait le bloquer chez vous ? Dans votre façon de parler, de vous adresser à lui, quels thèmes d’échanges seraient intéressants ? Souvenez-vous des fois où la communication est bien passée entre vous et analysez-les. Tout ce que vous aurez identifié, essayez d’en nourrir vos prochains échanges.

• Est-ce que ce n’est pas un peu de la manipulation de chercher à influencer les autres, de manière un peu dissimulée, par des méthodes ?
Les relations sociales ne sont-elles pas toujours des relations d’influence ? Quand nous nous habillons de façon plaisante pour un rendez-vous, quand nous achetons des bonbons à nos enfants, notre intention cachée, derrière celle de faire plaisir, n’est-elle pas de leur plaire ? La vie professionnelle est essentiellement fondée sur l’échange, même quand il n’y a pas d’argent en jeu, il y a choix, sélection, donc recherche d’influence. C’est à vous de mettre la limite avec la malhonnêteté, le mensonge. Comme tous les outils, vous pouvez en faire un bon usage ou un mauvais. Un marteau sert à planter un clou mais c’est aussi une arme… A priori, chercher à comprendre l’autre ne peut jamais être mauvais car s’il vous permet de l’attirer vers vous, vous aussi faites alors un pas vers lui… Même l’Abbé Pierre l’a prêché : « La première règle avant d’agir consiste à se mettre à la place de l’autre. Nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là. »

• Personnellement, je ne vois pas pourquoi j’essaierais d’être quelqu’un d’autre, d’adopter un langage et des idées qui ne sont pas les miennes. J’aurais l‘impression de me trahir.
Se mettre à la place de l’autre n’est pas devenir l’autre. Comprendre l’autre c’est se donner des chances de communiquer de façon efficace et puissante avec lui. Apprendre le chinois permet de bien communiquer avec les Chinois, tout comme s’informer sur leur culture aussi, leurs valeurs, leurs façons d’interagir, leurs préjugés. Ce n’est pas devenir chinois. Cette règle vaut pour la communication en général.

Pratiquez l’écoute active (Pathos) –  Fiche outil n°12

• Écouter au lieu de décider quand on est le patron, n’est-ce pas être un peu « bisounours » avec le risque de n’être pas très respecté ?
L’absence d’écoute est une des critiques qui reviennent le plus fréquemment dans les entreprises. Cela vaut donc la peine de s’y arrêter. En 2009, Google a réalisé une enquête d’une ampleur exceptionnelle pour identifier les principaux points qui font « l’excellence managériale ». L’intérêt porté à ses collaborateurs, et en particulier « avoir une bonne écoute », y occupent une place de choix. Mais dans ses recommandations, l’étude note que le manager doit « rester focalisé sur les objectifs et les moyens de les atteindre. » http://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2014/09/3701-si-vous-naidez-pas-vos-collaborateurs-se-developper-vous-netes-pas-un-bon-manager/). N’oubliez pas que l’écoute active ne vise pas juste le bien-être des collaborateurs, quoiqu’il soit important aussi, mais l’identification claire et précise des messages. C’est un gain de temps, qui évite les malentendus.

J’ai toujours entendu dire qu’un bon chef c’est avant tout celui qui sait prendre des décisions, même si tout le monde n’est pas d’accord.
L’indécision, la pusillanimité, le manque de courage sont des plaies majeures du management. Par ailleurs, décider par consensus n’est pas non plus la meilleure forme de management, c’est vrai. Mais il est préférable pour un responsable de prendre des décisions – et de les assumer – en ayant le plus de cartes en main, donc le plus d’éléments que lui auront fait remonter les collaborateurs. De plus, un collaborateur qui a été bien écouté et compris accepte plus facilement une décision qui ne va pas dans son sens. Il sait bien que c’est la fonction du chef de prendre les décisions qu’il juge les meilleures.

• Comment faire quand on a en face quelqu’un qui conteste tout et tout le temps, même si vous l’écoutez… surtout si vous l’écoutez ?
On en a souvent un dans les équipes, celui ou celle qui n’’est jamais d’accord. Les psychologues parlent de personnalité qui se construit dans l’opposition. C’est aussi pour cela que c’est difficile d’être patron : vous n’avez pas toujours en face de vous des personnes saines, équilibrées, de bons sens et orientés exclusivement vers l’intérêt général. Être patron c’est garder le contrôle. A vous se sentir que vous avez atteint la limite de l’échange, de siffler la fin de la partie, mettre fin à l’échange et annoncer décisions ou le calendrier de la suite des événements. Poser un acte d’autorité avec courtoisie mais une totale fermeté après une bonne coute ne pourra servir que votre charisme. Et les autres membres de l’équipe vous en seront reconnaissants.

Dites-leur que c’est possible … (Logos- Pathos) Fiche outil n°13

• Les nouvelles générations ont une attitude plus détachée vis-à-vis du travail. Ne risque-t-on pas alors d’être décalé à exalter le dépassement de soi ?
Le besoin de se dépasser n’est pas une affaire d’âge ou de génération, il est humain : il donne une estime de soi phénoménale, il donne confiance, il rend heureux une fois qu’il produit des résultats. Il peut évidemment rester éteint toute la vie. Mais il peut aussi être éveillé. Dans le monde professionnel, c’est vrai que les jeunes générations sont moins « corporate », plus individualistes, moins fidèles. Mais, l’esprit d’équipe, l’esprit de meute, lui, ne change pas, on le voit avec le foot ou les promos d’anciens de grandes écoles. Et, en plus, les palmarès sur la popularité des entreprises montrent que les plus recherchées sont celles dont les jeunes seraient « fiers » de faire partie parce qu’elles ont une image de modernité, de réussite (Google, Facebook…) A vous, le boss, d’éveiller cet esprit ! Il est sûr qu’avec les jeunes, il faudra être plus ludique qu’avec les anciens. Moins de morale, plus de plaisir. Mais la compétition et le jeu vont très bien ensemble.

N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu gênant à exalter le dépassement pour quelque chose qui n’est que du boulot… ?
Est-ce que cela a plus de sens de pousser quelqu’un se dépasser en marquant des buts dans un match de foot plutôt que dans le déploiement de son activité professionnelle à l’international ? Le dépassement de soi est une dynamique profondément satisfaisante, que ce soit dans le sport, l’engagement ou… le travail. L’important, c’est de le vivre. Et puis le « boulot », c’est une partie essentielle de notre vie ! Regardez le drame humain qu’est le chômage, bien au-delà des soucis financiers. Le travail est une des grandes opportunités d’accomplissement personnel, dès lors qu’il ne dérive pas vers l’addiction ou la fuite, évidemment.

• Parfois je n’y arrive tout simplement pas. Trop de problèmes, pas envie, la déprime alors que je dois animer une réunion importante… Comment faire ?
Faites semblant ! Fake it, disent les Américains. Faites semblant d’être content d’être là. D’être ravi de la rencontre, de ce moment… Les personnes qui se sont fait coacher avec vidéo découvrent le décalage, parfois énorme, entre ce qu’elles ressentent et ce que les autres voient… ou ne voient pas. Respirez bien pour baisser votre rythme cardiaque et vous procurer du bien-être (voir la fiche anti-stress) et allez-y ! Ne pensez pas à vous, pensez à ceux que vous allez rencontrer : leurs attentes, leur plaisir à vous rencontrer. Forcez un peu votre « positive attitude » : ouverture sourire. Mettez des images positives dans votre tête. Vous allez être parfaitement capable de vous abstraire de vos soucis le temps de la rencontre. « C’est super, c’est super, c’est super.. », le docteur Coué avait compris, bien avant les découvertes des neurosciences, que nous pouvons programmer notre cerveau, le temps de réaliser la performance. Soyons clairs : cela ne résoudra pas vos problèmes, par ailleurs.

Regardez pour être regardé(e) (Ethos-Pathos) – Fiche outil n°14

Franchement j’ai du mal à regarder les gens dans les yeux. Je sais que c’est un problème mais je n’y arrive tout simplement pas !
Les humains sont des êtres d’habitude. Nous reproduisons nos comportements sans y penser. C’est le cerveau « limbique » qui se met en marche pour nous éviter d’actionner le cortex. Mais si on le force, le cortex peut enclencher un autre comportement. Pour cela, il faut le vouloir… vraiment.
Premier conseil : faites les exercices préconisés ci-contre pour commencer à déshabituer votre cerveau de son réflexe de fuite.
Deuxième conseil : lors d’entretiens non essentiels, donnez-vous comme objectif central de regarder les autres dans les yeux. Préparez bien l’échange pour être sécurisé(e) sur le fond et pouvoir ainsi mieux vous concentrer sur cet objectif.

• J’ai fait de gros effort, je regarde les gens quand je leur parle mais je n’arrive pas à avoir un vrai regard, je ne sais pas comment dire, mais ce n’est pas vraiment moi qui regarde…
Un regard peut être présent… ou vide. Il traverse les gens, ne s’attarde pas. C’est un regard de timide en général. C’est mieux que pas de regard du tout, mais à peine plus. Un truc pour le transformer en vrai regard : essayez d’identifier pour vous-même la couleur de l’iris de votre interlocuteur. Cela vous oblige à vraiment regarder.

• Il y a des gens qui arrivent à convaincre, rien qu’avec le regard. Comment font-ils ?
En pratique, ils ont aiguisé progressivement la séduction de leur regard. Ils captent votre intérêt en vous donnant l’impression que vous êtes vraiment la seule personne qui compte « à leurs yeux »… Vous savez leur secret ? Ils dilatent leurs pupilles au moment même où ils plantent leurs yeux dans les vôtres. Ce n’est pas forcément conscient, ils forcent juste un peu l’intensité de leur regard. La dilatation de la pupille attire l’interlocuteur. Cela va même jusqu’à l’attraction sexuelle si l’échange se fait dans un cadre propice.

Je n‘arrive pas à lire mes notes tout en regardant le public. C’est possible de faire ces deux opérations en même temps ?
Regarder ses notes et jeter un bref regard sur l’auditoire, c’est la garantie du bafouillage. Lire presque exclusivement vos notes est mauvais pour votre image et donc pour votre charisme car, dans ce cas, personne ne vous écoute vraiment. A contrario, pour regarder exclusivement l’assistance, il faut avoir beaucoup de métier. Alternez les deux opérations ! Commencez par apprendre votre texte presque par cœur, ou du moins maîtrisez-le bien. Ensuite, alternez lecture et paroles toutes les deux ou trois phrases. L’assistance accepte volontiers la seconde de silence due à la lecture, elle a le temps lors de ce court instant d’assimiler le contenu des phrases précédentes…

Adoptez la posture de la crédibilité – Fiche outil n° 15

Quand je fais une présentation avec Powerpoint, je ne sais jamais comment me positionner par rapport à l’écran…
Il y a effectivement une compétition entre l’écran et vous. Disons-le, en général, c’est l’écran qui gagne, surtout si vous répétez ce qui y est écrit. Votre charisme ne doit pas tolérer l’ombre de l’écran. En conséquence, vous vous placez devant lui, vous occupez la scène. L’écran, lui, ne doit être utilisé qu’en tant que support, avec des chiffres clés, trois points essentiels, une image marquante. Vous pourrez vous effacer de temps en temps pour inviter à le lire puis vous récupérerez le centre… Vous pouvez à la fin transmettre à l’assistance un document Powerpoint plus complet (c’est souvent demandé), préparé comme mixte du premier et de votre intervention.

• Je suis une femme et j’ai beaucoup de mal à m’imposer, à ce qu’on m’écoute, ça me fait perdre mes moyens…
C’est un fait, la culture dominante, fruit de son histoire, ne reconnaît pas facilement l’autorité aux femmes. Mais ne vous laissez pas impressionner par ces idées reçues. La plupart du temps, les autres ne voient pas votre chaos intérieur, c’est déjà ça. Ensuite, il vous faut vous emparer de la scène : sur-jouez alors un peu l’aisance, prévoyez une attaque assez forte (une image, un chiffre, une question..), regardez bien tout le monde, l’attention revient relativement vite. N’oubliez pas : c’est celui ou celle qui parle qui donne le ton. Les humains fonctionnent par mimétisme : si l’orateur ou l’oratrice est à l’aise, l’assistance le sera aussi.

• Je ne sais jamais si je dois me mettre debout ou rester assis(e) pour parler à un auditoire…
Il faut toujours tenir compte du contexte. S’il s’agit d’une présentation : au-delà de quatre personnes on reste assis. Toutefois, si vous préférez être debout, dites-le et faites-le. Dès que les choses sont énoncées, elles ne posent plus de problème. S’il s’agit d’une réunion : vous restez assis(e), même si vous êtes nombreux, même si c’est pour vous présenter. À moins qu’on ne vous voie pas bien : vous annoncez alors que vous vous levez.

Prenez les expressions de la conviction (Logos-Ethos-Pathos) – Fiche outil n°16

• Je n’ose jamais sourire, j’ai peur que cela me décrédibilise, surtout en tant que femme.
On connaît tout le cliché de la femme charmante mais pas très compétente, qui sourit bêtement. En réalité tout est question de personnalité et d’équilibre. Si vous êtes une personne gaie, souriante, continuez à l’être, même si vous visez le poste de PDG. Vous prendrez soin alors de marquer votre crédibilité par d’autres talents : votre gestuelle posée, votre débit oral maîtrisé, votre vocabulaire précis ou votre rigueur… Tout seul, le sourire peut avoir une connotation négative. Ajouté à un élément de Logos, il devient un atout. A l’inverse, si vous êtes d’un tempérament retenu, peu souriant, ne forcez pas votre tendance : vous marquerez alors votre humanité par le recours à l’humour, l’empathie dans les mots, talent de votre Pathos.
Il faut retenir que nous sommes toujours évalués dans notre globalité.

• Je ne sais jamais où mettre mes mains quand je prends la parole en public, je sais qu’il ne faut pas les avoir derrière le dos ou fermées devant soi….
Cette question revient très souvent. Elle résume à mon avis toute la philosophie éducative répressive qui pèse sur notre éducation mais aussi lors de stages de formation pour adultes : ne croisez pas les bras, ne vous touchez pas les mains… Parfois, ces injonctions sont mêmes contradictoires : faites des gestes hauts, ils symbolisent votre position haute ; ne faites surtout ne faites pas de gestes hauts, cela bloque votre respiration…
Je vous propose d’inverser la démarche. Au lieu de vous dire ce qu’il ne faut pas faire, regardons ce qu’il serait bon pour vous de faire pour être vivant !
Être vivant, quand on parle, est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour captiver les auditoires, mais ce n’est pas ancré dans la culture française. Si je vous dis : « essayez de convaincre les gens que vous avez en face, partagez avec eux ce que vous avez à dire » vous ne penserez plus à quoi faire de vos mains, elles se mettront à vivre, à essayer de convaincre l’auditoire, comme le reste de votre corps… Ne vous focalisez pas sur une question mineure, du genre : où dois-je mettre mes mains ? Cela vous empêche de penser aux aspects plus importants.

• Je suis méditerranéen, je fais beaucoup de gestes. J’ai peur de ne pas être très crédible et en même temps si je me contrôle, je perds mes moyens…
Une personne d’origine italienne n’aura pas la même gestuelle qu’un Suédois. Et surtout n’essayez pas ! Vous êtes extraverti, vous faites beaucoup de gestes, faites-en. Vous créerez du lien, ce sera votre dimension Pathos. Ce ne sera pas suffisant pour persuader l’auditoire. Alors allez chercher en vous ce que vous avez qui puisse créer la crédibilité, peut-être des statistiques, des références solides, un vocabulaire précis, professionnel. Allez chercher aussi ce que vous avez dans votre expérience, votre parcours, ou vos engagements, ce qui créera la confiance, l’Ethos. Et vous serez parfait.

Créez la connivence (Pathos) – Fiche outil n° 17

• Je suis très timide, mon humour disparaît instantanément quand je dois m’adresser à un public. Cela me désole, d’ailleurs, parce que ce n’est plus vraiment moi ce type pathétique…
La meilleure porte d’entrée de l’humour quand on est timide c’est rire de soi en avouant qu’on perd ses moyens. Beaucoup vous comprendront car ils ressentent à peu près la même chose dans la même situation. Sentiment partagé… le lien se crée…

• On dit que toucher les gens accroît nos chances d’en obtenir ce que l’on veut. Mais est-ce vrai dans toutes les cultures ? Et entre hommes et femmes ?
Les études font toutes le même constat. Sauf pathologies particulières (autisme, traumatismes, par exemple), les contacts physiques créent du lien, soignent la dépression, et rendent une personne « touchée » plus favorable à la demande du « toucheur ». Et cela dans toutes les cultures… D’abord le corps humain est extrêmement sensible, ensuite cela est perçu comme un signe d’attention particulière.
Mais il faut tenir compte des personnes que l’on en face : dans les sociétés nordiques et asiatiques, on ne touche que les gens que l’on connaît. Pour les relations hommes/femmes, on sait qu’en psychanalyse le corps est lié à notre identité psycho-sexuelle. Mais il est possible d’évacuer toute ambiguïté, par un sourire franc, une gestuelle naturelle, dépourvue d’ambiguïté. Une femme a tout intérêt à le faire avec subtilité pour ne pas être perçue comme dominatrice. Mais ce serait dommage de se priver de cette arme dans les relations professionnelles.

• Je suis commerciale et je fais souvent des présentations devant des clients dans lesquelles il n’y a pas d’échanges. Comment créer une connivence dans ces conditions ?
L’important c’est de personnaliser au maximum votre présentation même si c’est votre présentation-type. N’oubliez pas que, eux aussi, ils voient défiler de nombreuses présentations… Une piste pour créer de la connivence est de faire des allusions à des échanges précédents, à quelque chose qui vous relie. Exemple : « Là, je me souviens que vous en aviez parlé l’an dernier.» Vous pouvez cibler une personne : « Catherine va être contente… », puis la regardant : « Je me souviens vous aviez soulevé ce point l’an dernier.» Une autre piste est de se mettre à leur place : « J’imagine que vous voulez travailler avec notre concurrent, je ferais exactement la même chose… sauf sur ce domaine où nous sommes clairement les meilleurs.» Posez-leur également des questions. Moquez-vous de vous-même si vous vous emmêlez dans vos chiffres ou dans les séquences des slides Powerpoint… Et si c’est un comité restreint, introduisez le questions-réponses au milieu de la présentation. Surtout, laissez-les parler même si cela ne vous permet pas de présenter l’ensemble de votre offre.

La voix, faites-en votre alliée (Logos-Ethos-Pathos) – Fiche outil n° 18

• Je voudrais rendre ma voix plus puissante et plus impactante. Est-ce qu’il y a un ordre ? Par quoi faut-il commencer ?
Généralement, il faut commencer par vérifier que l’on a une bonne respiration (voir fiche n°2). C’est la soufflerie, la base de tout. Ensuite, travaillez la puissance de votre voix, ce qui concrètement consiste à assouplir et renforcer les muscles du thorax et du larynx (voir fiche n°19). Ensuite et seulement ensuite, vous pourrez travailler la richesse de votre voix, ses intonations, sa texture, ce qui sera rendu possible parce que vous aurez le matériau de base (voir fiche n°20).
On peut projeter sa voix pour bien se faire entendre sans forcer ni crier, en gardant une voix souple, agréable et claire. Mais sans une bonne respiration, des muscles et une bonne canalisation des sons, c’est tout simplement impossible. Un tiers des métiers requièrent une prise de parole dite « en projection », devant des assistances, les enseignants par exemple. Toutes ces personnes devraient suivre des formations à la voix car on ne l’utilise pas correctement de façon innée.

• Il y a des personnes qui arrivent à rendre très vivant, très habité ce qu’elles disent. Ont-elles acquis des techniques particulières ? des techniques théâtrales ?
Les techniques théâtrales font travailler sur ce qu’on appelle : « les intentions vocales ». Elles sont très utiles pour les prises de parole. J’ai évoqué la « voix en projection » qui est celle de l’enseignant ou du conférencier : la voix de la personne qui transmet un savoir. Il y a aussi la « voix de conviction », celle qui cherche à convaincre. Elle ne doit pas être projetée, mais résonner comme intérieure au contraire, c’est une conviction : elle va frapper l’arrière de la gorge (le pharynx, les vertèbres) avant de sortir pour prendre une texture dense. Il y a la voix de l’émotion, celle de la confidence, elle passe par l’avant de la gorge. Il y a celle de l’énergie, de la mobilisation, elle part du ventre et mobilise tout le corps. Au début, cela paraît étrange, mais assez vite on en saisit tout le potentiel.

• C’est quand même un désavantage d’avoir une voix de femme. On ne vous écoute pas, on ne vous entend pas…
C’est un fait, l’histoire ayant exclu les femmes de la parole publique (interdit biblique de saint Paul : « Les femmes ne parleront pas devant les Assemblée. » Epitre aux Corinthiens), l’autorité est associée à la voix masculine. En 2012, avant les élections américaines, l’acousticien William Pitch a fait un test : il a pris une voix qui disait « Vote for me in november » et l’a retravaillée en voix masculine et voix féminine, puis faisait voter les gens. Tous, femmes comprises, ont voté pour la voix masculine (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3350713/). Le temps et le nombre de femmes dirigeantes changeront peu à peu la donne. En attendant, pour tenir compte du contexte culturel, les femmes devraient travailler leur voix davantage.

Donnez du corps à votre voix (Ethos-Pathos) – Fiche outil n° 19

• J’ai une voix assez grave mais faible. Je suis le patron d’une grande entreprise, je dois parler devant des assemblées et ça me complexe…
Les personnes à voix faibles ne doivent pas hésiter à utiliser un micro dès qu’elles peuvent. J’en ai même fait acheter à certaines pour qu’elles en aient toujours avec eux. En effet, le confort d’audience est primordial si l’on veut être écouté. Par ailleurs, sauf problème de dysfonctionnement des cordes vocales, on peut augmenter la puissance de sa voix. Faites la lecture sans consonnes. Faites-le tous les jours, quelques minutes, dites-le distinctement, cela fait travailler les muscles qui gèrent le souffle. Redites ensuite le texte avec les consonnes, vous noterez les progrès.

Ma voix se fatigue très vite surtout dans les réunions où il faut presque crier pour se faire entendre. Je monte le son, ma voix devient aiguë, je me mets à parler vite en plus, je perds toute autorité…
Travailler votre respiration pour avoir un volume suffisant d’air (voir fiche). Ensuite, travaillez les sons graves de votre ambitus (votre amplitude vocale naturelle). 80% des femmes vont simplement de leur médium vers le haut. Faites les exercices de la fiche d’assouplissement de la voix.

• Je suis enseignante, je perds ma voix régulièrement, je ne sais pas quoi faire…
Selon l’INSERM (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale), plus de 55% des enseignants souffrent de pathologies vocales, dont plus de 60 % chez les femmes ! Cela est dû fait qu’ils parlent beaucoup par-dessus des fonds sonores qui les obligent à forcer leur voix, ce qui met les cordes vocales en tension. Si vous avez mal à la gorge et des extinctions de voix fréquents, allez consulter un auto-rhino-laryngologiste ou un phoniatre. Certains sont spécialisés en public enseignant. Ceux-ci souffrent toujours des mêmes inflammations : oedèmes et autres lésions de la région du larynx. Si vous n’en êtes pas encore là, apprenez à gérer votre souffle et à muscler votre appareil phonatoire. Les fiches présentes sont un bon début, mais certainement pas suffisantes pour un enseignant. Faites des stages, l’éducation nationale en organise. Préparez-vous des infusions de thym au miel et prenez connaissance de la liste des « don’t », ce qui n’est pas bon pour votre voix : éternuer fort, manger des tomates, du chocolat, faire la sieste après le repas… sans parler du café, du tabac, de l’alcool.

Développez votre conviction vocale (Ethos-Pathos) – Fiche outil n°20

• J’ai une voix terriblement monotone, vraiment ennuyeuse, c’est possible de faire quelque chose ?
Les voix monotones, cela n’existe pas. Vous parlez d‘une façon monotone, ce n’est pas pareil. On peut faire beaucoup avec sa voix, c’est un instrument de musique : un tiers du son vient de la qualité de l’instrument, les deux tiers de la qualité du musicien. Il y a d’abord la motivation : penser à son désir de faire passer son message. Vous devez accepter l’idée que vous ne débitez pas des mots mais que vous partagez quelque chose (une information, une idée, une proposition…). Et pour que cela arrive à vos interlocuteurs, il faut mettre une intention dans ces mots. Amusez-vous, en prenant un article de journal, et dites-le avec les différentes intentions de la fiche ci-contre. Ensuite, vous travaillerez un peu votre respiration pour mettre de l’énergie dans votre voix. Vous terminerez par des exercices d’art oratoire (les dernières fiches du chapitre), vous sentirez les progrès venir… Je le dis souvent, la première émotion que l’on associe à la prise de parole, c’est la peur, mais on peut la transformer en plaisir parce que dès que vous mettez de la vie dans vos mots, vous ressentez le retour positif dans le regard de votre auditoire.

• On me dit souvent que j’ai l’air agressif quand je parle, alors que pas du tout. Est-ce que je peux corriger ce défaut ?
Vous avez sans doute beaucoup d’énergie et un souffle qui sort trop vite et trop fortement. De plus, le stress ne doit rien arranger. Vous pouvez intervenir à trois niveaux : tout d’abord, vous pouvez faire les exercices anti-stress (voir fiche n°3). Ensuite apprendre à mieux gérer le débit de votre souffle (voir fiche n°2) qui sort probablement trop fortement, sans contrôle. C’est une question de muscles de la respiration. Je vous recommande un exercice en apparence étrange : parler en reculant. Cela vous aide à faire circuler votre voix à l’intérieur et à ne pas seulement la projeter à l’extérieur. Vous pouvez enfin apprendre à enrichir la palette de vos intentions vocales (fiche ci-contre) en travaillant particulièrement les registres de la conviction et de l’émotion, qui sont plus en retenue.

• J’ai du mal à accrocher l’intérêt du public quand je parle, même en dehors du travail d’ailleurs, comme si je n’avais de personnalité vocale.
Je suis tentée de vous conseiller la totalité des exercices relatifs à la voix ! Vous n’avez pas un problème spécifique, simplement un trésor en vous que vous n’avez pas du tout exploré jusqu’à présent… Cela vous permettra d’abord de prendre conscience de ses potentiels et de poursuivre si vous y trouvez du plaisir. Vous ne changerez pas de voix, pas de timbre mais vous pourrez avec certitude lui donner du relief. Et, ce qui est intéressant avec le travail sur la voix, c’est que les résultats peuvent… s’entendre !