Leadership féminin : Par-delà les différences culturelles…

Par Béatrice Toulon

J’ai eu récemment l’occasion de conduire un atelier sur le leadership féminin dans les locaux d’une grande école. La formation était destinée  à  une trentaine de femmes, bardées de diplômes  et hautes fonctionnaires pour la plupart, mais venues d’une douzaine de pays. Francophones, certes, mais très divers…

Moi qui ai l’habitude d’animer des ateliers pour des femmes françaises, et qui aime ces rencontres, j’avoue que je m’inquiétais un peu : ce qui vaut en France vaut-il au Cameroun, au Liban ou en Tunisie ? Qui suis-je pour  expliquer à ces femmes de faire ceci et cela pour s’imposer dans un monde d’hommes ?  Ne doivent-elles pas relever des défis  autrement plus sérieux qu’ici  dans leurs pays confits de tradition ou en révolution?

En clair, la misogynie est-elle si universellement partagée  et son expression si semblable qu’elles jetteraient un pont entre nous, celui de la compréhension mutuelle, par-dessus la rivière de nos différences ? La réponse est oui, mille fois oui.

Leurs attentes étaient énormes, leur envie de savoir sans limite et leur énergie impressionnante.  Très vite, dans les exercices de prise de parole, j’ai reconnu  les mêmes syndromes du  sexe infériorisé : tête penchée et sourire  de « petite fille » chez une femme pourtant directrice financière d’un grand ministère ! Mêmes discours expédiés pour en finir au plus vite, histoire de ne pas déranger. Le fameux complexe de l’imposture….  « Nous avons  la réputation d’être de culture orale, me précise une  directrice juridique venue d’Afrique de l’ouest, mais cela vaut pour les hommes. Il n’y aucune tradition orale pour les femmes, enfin si, celle de se taire.» Bienvenues au club mondial !

J’ai retrouvé aussi le constat angoissé de femmes compétentes et pourtant ni écoutées, ni entendues… Et le même bonheur à élaborer des discours  assez puissants pour capter l’attention du public malgré lui.

Des différences, il y en a eu, d’éclatantes même.  A la suite de mes propos sur l’importance du regard et de la posture droite, une stagiaire a lancé : « Comment faire chez nous ? Quand elle parle à un homme, une femme ne doit pas le regarder dans les yeux.» Déjà, pas besoin de lui expliquer, ni à elle ni aux autres, l’objectif d’une telle injonction présentée comme  «une coutume venue de la nuit des temps »…  Pas dupes donc, nous  avons discuté et conclu  que, pour avancer,  transgresser les codes n’est pas la méthode la plus efficace. On en profiterait pour  écarter la provocatrice…  En revanche, rien n’empêche de pousser à fond les autres signes, permis ceux-là,  de l’assurance et de l’autorité.

Il y  a eu des surprises aussi. Comme ces femmes voilées et pourtant plus déterminées que leurs  voisines dans leur désir d’émancipation. « Je suis directeur », s’est présentée une Libanaise. « Directrice, il faut dire directrice», a rectifié une  Marocaine en foulard, souriante et adepte d’une stricte  égalité hommes-femmes.

Et puis, par-delà les échanges verbaux, il y a eu la connivence. Ce lien un peu miraculeux entre des femmes qui se confrontent à la même résistance des sociétés à la venue des femmes dans l’espace public. Voleuses d’espace!

Il  y a eu beaucoup de rires, de parodies, de clins d’oeil et d’engagements. Et, au final, un moral remonté à bloc. La certitude d’être légitimes  l’envie de foncer. Des leadeuses, quoi !

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