Hommes/femmes : Les stéréotypes sont partout, même chez les élèves d’HEC

par Béatrice Toulon

J’ai regardé cette vidéo  conseillée par un copain qui l’a trouvée drôle et signe de l’époque. Moi aussi. Mais j’y ai vu aussi autre chose…

Juin 2012, cérémonie de remise des prix sur le campus d’HEC. Au milieu de la fête,  un petit film  réalisé par les élèves avec la participation complice du directeur délégué de l’école, Loïc-Anil Peyrache. Sympa, potache, ciné.  Son but à l’évidence est de montrer  qu’on étudie dans cette école de l’élitisme à la française,  mais qu’on sait aussi y rire et surtout de soi. Le film a eu beaucoup de succès.

Comme on le sait dans notre époque du tout-communication, derrière les messages affichés se trouvent les « méta-messages », involontaires mais bien là. Entre autres, celui qu’entre garçons et filles, destinés a priori à faire partie de l’élite de demain,  les rôles semblent  déjà répartis. Discrètement, l’air de rien et dans la bonne humeur générale :

 

 

 

 

 

http://orientation.blog.lemonde.fr/2012/06/30/quand-hec-se-moque-dhec-une-video-a-ne-pas-rater/

 

Je vous propose un petit décodage d’un des nombreux messages à  notre inconscient  de ce petit films plutôt drôle:

 

Une fille/deux  garçons, le ratio d’or

Les potaches d’HEC  ont reproduit  sans y penser le  ratio d’or : une fille/deux garçons. Il peut y avoir trois garçons, en général pour intégrer un homme de couleur. L’important c’est  que les représentants de la communauté « dominante »(pour reprendre le vocabulaire de l’anthropologie), en l’occurrence les hommes blancs (on est en France) soient majoritaires.  Affiches de cinéma, jurys de télé-réalité… Cette règle s’applique dans le monde  entier, sauf dans les pays musulmans et dans  Masterchef où le jury est 100% masculin, comme dans les cuisines des grands restaurants… 

La caractéristique de la pensée stéréotypée (qui conduit au racisme et au sexisme, sans y penser) c’est qu’un seul individu d’une communauté « dominée » représente  toute sa supposée communauté : Un Noir  représente les Noirs, même s’il n’aime pas le manioc. Une femme représente les femmes, même si elle ne rêve pas de se marier et d’avoir des enfants.  Les hommes de la communauté dominante sont l’humanité entière.  L’inverse ( deux filles/un garçon) aurait pu être ressenti  comme une histoire de meufs avec garçon. C’est pour cela qu’Hollywood renâcle tant  à produire des films dont les héros sont des héroïnes, le public féminin est habitué à s’identifier à une histoire conduite par un homme,  pas l’inverse.

Nemo, Rafiki… des héros au masculin

Les héros de cinéma qui jalonnent la vidéo  d’HEC peuvent être des animaux, mais toujours  masculins.  Pas d’héroïne, pas de maître à penser, pas de modèle féminins. Pourtant, si on veut bien cherche, on en trouve : Arwen, Cléopâtre , Cruella…  Personne n’y a pensé, sans doute. Pas même les filles.

 

Les garçons devant, les filles derrière

Les personnages centraux des différentes histoires sont des garçons, ils agissent, ils mènent la danse. Les filles tapissent joliment le décor. Elles dansent, essentiellement. Le « sois belle et tais-toi » revisité cool. Il y a bien deux personnages féminins qui émergent, vaguement,  une Allemande  et  une Chinoise… Manque de chance, cette dernière va juste servir de faire-valoir du garçon qui nous rejoue OSS 117 (scène culte, au demeurant)…

Je résume :  aucune fille n’a de rôle moteur, actif, inspirant. Même pour rire. Elles sont  derrière, au mieux à côté.

 

Une minute et demi contre dix secondes

Il y a quand même une fille parmi  les trois  élèves piliers de la vidéo,  direz-vous.  Exact. Mais alors que ses deux compagnons ont droit respectivement à 1,5 et 1,3 minutes de gloire avec aventures et saynettes, elle doit se contenter  d’une mini-interview  de…  10 secondes, à  la fin. Ni aventure, ni saynette pour elle.  Désolés, plus le temps…

Le temps, justement, c’est important. Parmi ces élèves certaines et certains  voudront peut-être, à l’instar de leur célèbre prédécesseur François Hollande, se lancer en politique. Ils doivent savoir que  l’accaparement de l’espace et du temps de parole est une caractéristique de ceux  qui réussissent. A l’Assemblée,  les temps de parole des députés est comptabilisé  et révèle un déficit constant des femmes qui se font couper la parole quand ce n’est pas elles-mêmes qui s’effacent. Un réflexe appris…  dès l’école.

J’entends déjà les garçons dirent qu’ils n’ont pas empêché les filles de faire des propositions.  Et les filles que le temps n’est pas au féminisme militant, qu’elles se sont bien amusées. Mais à HEC, on ne peut ignorer que tout fait sens. Que derrière le message apparent, une petite vidéo comme celle-là transmet  une myriade d’autres messages, sur l’esprit de l’école, sa culture. Elle distingue aussi deux ou trois leaders  potentiels…

Le plus ennuyeux, ou le plus significatif, c’est que même dans une école très coûteuse supposée produire les élites de demain, tout semble déjà en place dans les têtes pour que filles et garçons occupent la place que l’Histoire leur a assignée : Eux devant, elles à côté et surtout derrière.

Ce n’est la faute à personne. Il n’y a pas des méchants et des victimes dans cette reproduction des modèles : nous partageons  tous une culture dominante qui nous a été transmise et que nous retransmettons bien gentiment. A moins de prendre conscience, d’accepter  de bousculer le cours des choses pour permettre à chacun de s’exprimer selon sa personnalité et non plus selon son rôle. Il peut suffire d’un déclic…

 

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