France 2, TF1, BFM-TV, Médiapart… Que cherche le président Macron ?

France 2, TF1, BFM-TV, Médiapart… Que cherche le président Macron ?

Writtern by Béatrice Toulon

16 avril 2018 . Béatrice Toulon – Maestria consulting

L’interview qui a opposé, dans tous les sens du terme, le président Macron et les journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel , dimanche soir sur BFM-TV et Médiapart, a suscité d’abondants commentaires. Cet échange de deux heures sans cravate, sans « monsieur le président » mais avec uppercuts a été perçu comme une rupture avec la tradition policée de la communication présidentielle. Une baston en lieu et place d’une célébration.

La rupture est une sorte de continuité dans la communication du président Macron : rupture en annonçant une communication « rare » en début de mandat, rupture en renonçant à l’interview-marronnier du 14 juillet, rupture en taclant les Français « fainéants » depuis l’étranger (Athènes), rupture en se livrant à une conversation déambulatoire avec Laurent Delahousse sur France 2, rupture en retournant à l’ école avec Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Et rupture enfin avec le combat de coqs de dimanche.

Emmanuel Macron qui a fait ses classes chez les Jésuites sait que le public universel n’existe pas. Les grand- messes à l’Elysée ne sont pas pour lui, même s’il y a cédé une fois (en octobre 2017 avec TF1 et LCI). Presque une faute, vite oubliée. Même pour délivrer un message identique, il sait qu’il ne peut pas le dire de la même manière au public de BFM et à celui de TF1,qui n’ont ni les mêmes préoccupations ni les mêmes attentes. Il faut les aborder de façon différente, partir de leurs préoccupations respectives, se mettre à leur place, pour espérer les atteindre. Connaître ces publics est aisé car ils sont très répertoriés : âge, revenus, profession, origine, idées politiques, valeurs…

Quand le président Macron déambule avec Delahousse, il sait qu’il parle au public urbain, diplômé… Ce public a en général un emploi et des revenus. Il est curieux de l’homme Macron et sera sensible aux signes de modernité qui tranchent avec ce plouc de Trump. Tout au long de l’entretien le président a cultivé cette image pour que ce public lui demeure favorable.

Quand le président Macron s’assoit en face de Pernaut, il sait que ceux qui l’écoutent ont moins confiance : retraités, ruraux, ouvriers, employés, ils n’ont pas la sécurité du compte en banque et du réseau de relations. Et en cas de crise économique, ils craignent (et ils ont bien raison) d’être les premiers à trinquer. Chez eux, le besoin d’être rassuré est central. Tout au long de l’entretien, le président se fera pédagogue et empathique pour que ce public ne lui devienne pas – trop – hostile.

Quand le président Macron ferraille avec Bourdin et Plénel, il sait qu’il est regardé par un public nettement plus hostile (même si d’autres publics les rejoignent le temps de cette interview) et habitués à des représentants (Bourdin, Plénel) forts en gueule et réputés pour leur irrévérence.

Masculin, sportif, urbain, le public de RMC veut davantage de revenus, moins de taxes, plus de libertés, de la cohérence et, naturellement, un président qui tient fermement la barre, pour ne pas dire plus.

Le public de Médiapart, lui, est d’une hostilité irréductible. Il conteste la légitimité même du président « mal élu » (19% du corps électoral et un vote essentiellement anti- Le Pen : Résultat officiel pour une timide élection de M. Macron ). D’ailleurs, Edwy Plénel ne l’appellera à aucun moment « président »… En outre, ce public le juge « de droite  » et « ultralibéral ». Chercher à convaincre le public de Médiapart serait peine perdue. Le président optera pour l’affirmation de son « ethos » (personne) dans un discours montrant qu’il a lui aussi des convictions, même si ce ne sont pas les mêmes, et qu’il a le courage d’aller au front, de se battre pour ses idées. Ne pas convaincre peut-être, mais -tenter de – gagner du respect… Mérite secondaire et non négligeable à cette farouche détermination, décourager les résistances : à quoi bon faire la grève, la machine Macron est … en marche. Enfin, habileté plus classique, le président a cherché à diviser en hiérarchisant les colères : légitime résistance des cheminots contre illégitime résistance des zadistes de Notre Dame des Landes.)

L’ objectif à court terme d’Emmanuel Macron est assez évident : empêcher la convergence des mécontentements. Son objectif à plus long terme est sans doute moins clairement perceptible : montrer qu’il mettra coûte que coûte la France dans la cour des grands de la mondialisation, pour notamment attirer les investissements, son obsession.

Toute la communication du président Macron vise à servir ces objectifs. Et il ne faut pas perdre de vue qu’il ne s’adresse jamais qu’aux seuls Français. Ses propos sont épluchés à l’étranger. Aux Français, il demande la confiance aux uns et tente de neutraliser l’opposition des autres.

Vis-à-vis de l’étranger il communique en creux sur sa détermination à assouplir et adapter la France aux règles de la mondialisation. Quand il évoque les « Français fainéants » il ne fait que reprendre ce qui se dit ici et là à l’étranger. Une façon de leur dire, « je sais ce que vous pensez. Faites-moi confiance, cela va changer ».

Pour convaincre à l’international, il peut être tenté de se servir de journalistes prêts à lui servir la « baston » dont il a besoin pour montrer son leadership, quitte à adopter ici et là les codes d’autorité des puissants de notre temps, presque tous autocrates à la virilité intranquille (Trump, Poutine, Xi Jinping, Modi, Erdogan, Ben Salmane…). C’est ce qui s’est passé dimanche. Contents d’eux, Plénel et Bourdin ont rendu service au président, mais avaient-ils d’autres options?

De cette rencontre reste un goût mitigé, sorte de sucré-salé où l’on admire la performance mais dont on ressort dérangé aux entournures par ce qui a pris par moments la forme d’un concours de testostérone somme toute assez old school.